Discours du Premier ministre grec Alexis Tsipras au Forum économique mondial de St-Pétersbourg

Publié le par Vahine

Discours du Premier ministre grec Alexis Tsipras au Forum économique mondial de St-Pétersbourg

Je viens de trouver sur ma page facebook une traduction du discours d'Alexis Tsipras  au Forum économique mondial de Saint-Pétersbourg (Russie).

En remerçiant Vincent Christophe Le Roux pour sa traduction je vous la transmets, 

On notera qu'il dit des choses très intéressantes même si on peut lui reprocher de continuer à essayer de ménager la chèvre et le chou ...

 

Discours du Premier ministre grec Alexis Tsipras au Forum économique mondial de St-Pétersbourg, le 19/06/2015

Note de Vincent Christophe Le Roux : Je vous livre ici la traduction en français (que je viens de rédiger ce matin) du discours prononcé hier, vendredi 19 juin 2015, par Alexis Tsipras, Premier ministre de la Grèce, au Forum économique mondial de Saint-Pétersbourg (Russie).

 

 

Je voudrais remercier les organisateurs pour le grand honneur qu’ils m’ont fait en m’invitant à participer à cet important évènement qu’est le Forum économique international de St-Pétersbourg.


Beaucoup d’entre vous se demandent peut-être pourquoi je suis ici aujourd’hui et pas en train de négocier à Bruxelles. En fait je suis ici pour la raison précise qu’un pays qui veut étudier et explorer les solutions pour se sortir de ses difficultés doit avoir une diplomatie tous azimuts et doit s’engager auprès de pays qui, actuellement, jouent un rôle clé dans la situation économique mondiale.


Les conséquences économiques qui ont résulté du déclenchement de la crise globale en 2008 ont conduit à bâtir un monde très différent. 
En Europe, nous avons longtemps eu l’illusion d’être le centre du monde, ne prenant en considération que les évènements se produisant dans le voisinage immédiat des frontières de nos voisins immédiats ou ceux de l’autre rive de l’Atlantique.


Pourtant, le centre de gravité de l’économie mondiale a dérivé.


De nouvelles puissances émergentes jouent un rôle dont l’importance ne cesse de croître aussi bien au plan économique que géopolitique.
Les relations internationales sont en train de prendre une forme dont les aspects multipolaires prennent une importance de plus en plus forte. Le rôle du G20, la refonte des processus de coopération régionale en Asie, Amérique Latine et en Afrique, de même que le renforcement de la coopération entre les pays dits BRICS sont la preuve incontestable de l’émergence d’un nouveau monde économique.


Plus encore, l’Union eurasienne – ce projet relativement nouveau d’intégration économique régionale – a le potentiel pour devenir une autre source de production et de croissance et une nouvelle puissance économique.


Cependant, ces évolutions ne mènent pas, en tant que telles, à un monde plus paisible et plus stable.


Les importants défis sociaux existants demeurent, notamment la pauvreté, le chômage et la précarisation sociale, pendant que des conflits, des crises et des tensions d’ordre régional s’intensifient, au Moyen-Orient, en Afrique, dans le secteur de la mer Noire.


Et en ce sens, le grand défi de cette nouvelle ère est la question de savoir si le basculement du centre de gravité économique mondial est de nature à générer de nouveaux moyens pour faire face à ces défis et à ces inégalités d’ordre social existant au plan global ou si il va provoquer l’accélération de la course incontrôlée à l’abime, cette économie que le président de la Commission européenne Jacques Delors désigna comme une « économie-casino » peu avant son effondrement amorcé en 2008.


Pour le vieux centre financier, en particulier pour l’Europe et le monde occidental, le défi sera de savoir si il réagira de manière positive à ces nouveaux défis en bâtissant des ponts pour la coopération avec le monde émergent ou s’il demeurera lié à de vieilles doctrines et encouragera des conflits géopolitiques qui en seront autant de nouveaux.


La crise en Ukraine, par exemple, a ouvert un nouveau foyer de déstabilisation au cœur de l’Europe, un très mauvais présage pour les relations internationales. Ce n’est pas à un accroissement de la coopération économique et politique dans la région auquel on assiste mais plutôt à un retour de la guerre Froide qui pourtant devrait être jugée démodée. Et ceci risque de mener à un cycle infernal où se succèdent rhétorique agressive, militarisation et sanctions commerciales.


Ce cycle vicieux doit être stoppé aussi vite que possible. Des initiatives diplomatiques telles que la mise en application de l’Accord de Minsk sont utiles et doivent être soutenues.


Mon pays, la Grèce, se trouve au cœur géographique d’un grand nombre de ces crises et de ces tensions ; néanmoins, il maintient son rôle, être un pôle de stabilité et de sécurité dans la région. En tant que pays ressortissant à la fois de la zone européenne, méditerranéenne et balkanique, mais étant également voisin de la zone de la mer Noire, la Grèce cherche à être un pont, un outil de coopération dans la région, afin de devenir un pôle pour l’investissement, le commerce, la coopération en matière d’énergies, le transport, le tourisme, les échanges culturels et éducatifs, et être ainsi au croisement de trois continents.


Nous avons l’intention de tirer bénéfice de notre participation à toutes les institutions internationales dont nous sommes membres en tant qu’État européen. 


Tout en respectant scrupuleusement nos engagements, nous allons chercher également activement à devenir un pont, un moyen de coopératon à la fois dans notre région et au-delà, avec nos amis traditionnels tels que la Russie mais aussi avec de nouveaux partenaires qui seront les nouvelles organisations régionales et mondiales.


Bien sûr, vous êtes sans aucun doute très avertis de cela, nous nous trouvons, en ce moment, au cœur de la tempête. Mais nous sommes un peuple de marins, très habitué à affronter tempêtes et gros grains, nous n’avons pas peur de naviguer sur des mers immenses et nouvelles, dans le but d’atteindre de nouveaux ports où notre sécurité sera davantage assurée.


Mes amis,


Le problème que nous et nos partenaires de l’Union européenne avons à affronter achoppe sur les points que j’ai décrits. L’Union européenne dont la Grèce est membre, doit redécouvrir sa véritable destinée en revenant à ses principes statutaires et à ses déclarations fondatrices : solidarité, démocratie, justice sociale. Cela sera impossible si l’Union européenne persiste à imposer des politiques austéritaires et l’éclatement de la cohésion sociale qui ne peuvent qu’accentuer la récession.


Ne nous laissons pas abuser : le prétendu problème grec n’existe pas. Ce n’est pas un problème grec mais un problème européen. Le problème, ce n’est pas la Grèce. Le problème, c’est la zone euro, dans sa structure même.


Et la question demeure donc posée de savoir si l’Union européenne va encourager de nouvelles solutions de nature à favoriser la croissance, la cohésion sociale, la prospérité mais aussi la solidarité politique ou si elle poursuit sa ligne qui est mortifère et qui se révèle un échec.


Chers amis,


Le nouveau monde en train de naître, reposant sur une caractéristique multipolaire sera vraiment une source de grandes innovations et d’expériences pionnières s’il peut se protéger de tous les ferments alimentant la crise globale. Mais cela ne pourra pas advenir – et n’est d’ailleurs jamais advenu dans l’Histoire – sans que soient prises des décisions audacieuses, courageuses. Nous ne pouvons pas retourner en arrière dans ce nouveau monde et porter le poids de nos erreurs passés. Sinon, nous serons condamnés à les répéter et nous continuerons à connaître l’échec alors que le défi pour nous est de changer afin que nous réussissions. Pour faire face à de nouveaux défis et pour les surmonter.


Merci beaucoup.

 

* * * * *

 

Ici la version en anglais que j'ai traduite issue du site officiel du Premier ministre de Grèce :

 

Lien : http://www.primeminister.gov.gr/english/2015/06/19/prime-minister-alexis-tsipras-statement-at-the-economic-forum-in-st-petersburg/

 

I would like to thank the organizers for the great honor of inviting me to participate in this important event at the International Economic Forum in St. Petersburg. 

 

Many of you may be wondering why I am here today and not in Brussels negotiating. However, I am here, exactly because I think that a country that wants to examine and explore possibilities for succeeding, must have a multidimensional policy and engage with countries that are currently playing a key role in global economic developments.

 

The economic circumstances that resulted from the global crisis’ eruption in 2008 have led to a very different world.

 

 

In Europe, we had long been under the illusion that we were the center of the world, taking into consideration only those developments occurring just beyond the borders of our neighborhood to the other side of the Atlantic.

 

 

The world’s economic center of gravity, however, has shifted.

 

 

New emerging powers are playing an increasingly important role–economically and geopolitically.

 

 

International relations are acquiring an increasingly multipolar nature. The role of the G20, the upgrading of the regional cooperation processes in Asia, Latin America, and Africa, as well as the strengthening of cooperation between the BRICS countries are irrefutable proof of the emerging new economic world.

 

 

Moreover, the Eurasian Union–this relatively new project for regional economic integration–is potentially another source of new wealth production and economic power.

 

 

However, these changes do not, in and of themselves, lead to a more peaceful or a stable world.

 

 

The existing significant social challenges remain, including poverty, unemployment and social marginalization, while regional conflicts, crises and tensions are intensifying. In the Middle East, Africa, the Black Sea region.

 

 

And in this sense, the great challenge of this new era is whether the shift in the global economic center of gravity will generate new possibilities for addressing these global social challenges and inequalities, or whether it will accelerate the uncontrolled course of the global economy–aptly described as a “casino-economy” by the former President of the European Commission, Jacques Delors, shortly before the resounding economic collapse in 2008.

 

For the old financial center, particularly for Europe and the Western world, the challenge will be whether it chooses to react positively to new challenges by building bridges of cooperation with the emerging world, or whether it will remain committed to old doctrines, raising new walls of geopolitical conflicts.

 

 

The crisis in Ukraine, for example, opened a new wound of destabilization in the heart of Europe, a bad omen for international developments. Instead of greater economic and political cooperation in the region, there is a revival of an obsolete Cold War. Which leads to a vicious cycle of aggressive rhetoric, militarization and trade sanctions.

 

 

This vicious cycle must come to an end as quickly as possible; diplomatic initiatives, such as implementing the Minsk Agreement, are valuable and should be supported.

 

 

My country, Greece, is located in the geographical center of many of these crises and tensions; nevertheless, it maintains its role as a pole of stability and security in the region. As a European, Mediterranean and Balkan country, as well as one belonging to the wider Black Sea neighborhood, Greece seeks to be a bridge of cooperation in its region. To become a hub of investment, trade, energy cooperation, transport, tourism, cultural and educational exchanges at the crossroads of three continents.

 

 

We intend to capitalize on our participation in all international bodies that we are members of as a European country.

 

 

While fully respecting our commitments as such, we will also actively seek to become a bridge of cooperation both in our region and beyond, with our traditional friends such as Russia, but also with new global and regional organizations.

 

 

Of course, as you are all undoubtedly aware, we are currently in the middle of a storm. But we are a seafaring people, well-versed in weathering storms and unafraid of sailing in large seas, in new seas, in order to reach new and more secure ports.

 

 

Friends,

 

 

The problem that we, and our partners in the EU are facing hinges on the developments I have described. The EU, of which Greece is a member, must rediscover its true course by returning to its founding statutory principles and declarations: Solidarity, democracy, social justice. This will be impossible, though, if the EU persists with austerity policies and the disruption of social cohesion, which only serve to further the recession.

 

 

Let us not fool ourselves: the so-called Greek problem is not a Greek problem. It is a European problem. The problem is not Greece. The problem is the Eurozone, and its very structure.

 

 

And the question remains, whether the EU will allow room for growth, social cohesion and prosperity. Whether it will allow room for political solidarity instead of policies imposing dead ends and failed projects.

 

 

Dear Friends,

 

 

The emerging new multipolar world will truly be innovative and pioneering if it can free itself of the root problems fueling the global crisis. But this cannot occur–it has never occurred in history–without bold decisions. We cannot move forward in this new world while still carrying the burdens of our past mistakes. Otherwise, we will be doomed to repeat them and we will continue to fail–whereas the challenge for us is to change in order to succeed. To face new challenges and overcome them. 

 

Thank you very much.

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