Arnaud Parienty : La bombe chypriote

Publié le par Vahine

Banque chypre

 

 

Encore un article sur ce sujet brulant qui montrent les choses sous un autre jour,

Sur le site : Alternatives économiques :

Une bombe vient d’être déposée à Chypre

 

Sous la pression des Allemands et des Finlandais, notamment, l’Union européenne vient de prendre la décision remarquable de conditionner l’octroi d’un crédit sauvant les finances du pays à l’imposition d’une taxe sur les dépôts bancaires. Cette mesure, parce qu’elle touche un petit pays, que la majorité des citoyens européens sont incapables de placer sur une carte, n’a pas reçu toute l’attention qu’elle mérite. Dans le Top10 des mesures les plus stupides prises par les institutions européennes, celle-ci devrait pourtant occuper une bonne place. 

La justification de cette mesure est que le poids des sauvetages doit être partagé par les créditeurs, au lieu de reposer toujours sur les épaules des pays dont l’économie est à peu près saine. Après tout, si un agent décide de placer son argent sur un compte rémunéré dans une banque, pourquoi serait-il exonéré de tout risque ? En cas de faillite de la banque, les déposants peuvent théoriquement tout perdre. Qu’ils contribuent à empêcher une telle faillite, ce qui est évidemment dans leur intérêt, n’est pas forcément absurde.
Dans le cas de Chypre, il faut ajouter que ce pays surbancarisé (l’activité des banques y représente huit fois le PIB) est soupçonné d’abriter des fonds suspects, notamment d’origine russe. De fait, la taxe imaginée par l’UE pourrait coûter aux capitalistes russes ayant placé leur argent à Chypre entre 2 et 3 milliards d’euros, selon les estimations.

Le problème est que, depuis la crise de 2008, l’UE a décidé que les déposants auraient l’assurance de ne pas perdre leur argent, dans la limite de 100000 euros, même en cas de faillite de la banque. Cette mesure, qui existe dans la plupart des pays et qui existait en France bien avant la décision européenne de 2008, vise à rassurer les déposants, en leur garantissant qu’ils ne risquent pas de perdre leurs dépôts, même en cas de crise financière. C’est une mesure vitale.

Bank run

En son absence, les déposants prennent peur en cas de crise, se précipitent aux guichets des banques et exigent de retirer leur argent immédiatement. Comme les banques ne disposent évidemment pas des liquidités nécessaires, elles ferment leurs portes, ce qui transforme la crise en panique bancaire généralisée (bank run, en anglais). L’activité économique est interrompue, la situation devient vite dramatique.

Or, ce que viennent de décider les « responsables » européens s’apparente à une remise en cause de cette assurance : désormais, disent les pays du Nord qui ont œuvré en faveur de cette décision, les déposants participeront au sauvetage des banques dans lesquelles ils ont mis leur argent. Autrement dit, les dépôts bancaires ne sont plus sûrs.

Il faudra quelques semaines pour que chacun comprenne la portée de cette mesure, de Rome à Madrid en passant par Lisbonne. Mais, une fois le message intégré, chacun saura ce qu’il risque à laisser son argent à la banque. On voudrait créer les conditions d’un bank run qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

 

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