Canada : Le peuple prend la parole !

Publié le par Vahine

Incroyable vidéo d'un canadien anonyme qui prend la parole lors des manifestations qui ont lieu en ce moment ( et dont personne ne parle ) quelque chose est en train de changer !!!

Site : L'Eveil 2012 :

 

 

Nous? Le lecteur anonyme qui a volé le show

Benjamin Huppé, orateur impromptu, est monté sur la scène du Monument-National pour insuffler aux citoyens du Québec le courage de prendre la parole.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Il était un peu passé 23H.

Brigitte Haentjens venait de lire un texte.

Il a sauté sur la scène d’un bond et a pris la parole.

Il n’était pas prévu au programme.

Pierre-Laval Pineault s’est approché de lui, comme pour le prier de partir, mais il s’est ravisé.

Pineault a bien fait de changer d’idée.

Cela aurait enlevé tout le sens à cette journée.

Le lecteur anonyme a lu le texte qu’il avait écrit dans la salle de bain du Monument National sur son portable, quelques minutes plus tôt.

Il scrollait down et récitait d’une voix enflammée, avec juste assez d’humour et de bonne volonté, pour qu’il n’y ait pas de malaise.

Il a dit LA phrase de la journée: ” J’invite tous ceux à qui on ne donne pas la parole, de la prendre! Faites comme moi!”

La foule s’est levée, spontanément.

Ovation.

Tous les lecteurs invités de la journée sont sortis de la coulisse pour le rejoindre.

Le lecteur anonyme venait de voler le show.

Après lui, d’autres lecteurs prévus ont livré le message.

Ce n’était plus nécessaire.

Ils n’étaient plus pertinents.

L’ouverture vers demain, le mouvement populaire annoncé, c’est le lecteur anonyme qui venait de l’incarner. De la plus belle façon.

On ne pouvait avoir de meilleure finale.

L’homme au cellulaire venait de concrétiser le rêve que tous les intellectuels avaient exprimé durant les 12 heures de l’évènement Nous?.

Un Québécois s’était levé.

J’ai bien aimé ce marathon de prise de parole que l’on pouvait voir en direct sur Canal Vox.

Il s’est dit de bien belles choses.

Mais sans le lecteur anonyme imprévu, il aurait manqué l’essentiel.

Sans lui, l’exercice demeurait théâtral.

Un formidable exercice d’écriture et de récitation.

Mais avec les limites d’un événement préparé, conçu et mis en scène par un seul réseau de fréquentations.

Avec lui, ça devenait vrai.

La porte s’ouvrait.

On n’était plus en circuit fermé.

Ce n’était pas une représentation du peuple qui prenait la parole.

C’était le peuple qui prenait la parole.

Les organisateurs devraient, lors du prochain événement de ce genre, inviter des gens de tous les horizons, de toutes les opinions, de tous les métiers.

Appeler une participation de masse.

C’est quand les poètes se frottent aux plombiers que le feu prend, que le monde change.

Plus le NOUS sera nombreux, plus le NOUS sera possible.

Ce matin, j’ai cherché partout sur le net le nom du lecteur anonyme, sans jamais le trouver.

Les journaux n’en parlent pas.

Étrange.

Dites-moi que je n’ai pas rêvé.

Il y a bien un Québécois faisant partie d’aucune gang qui a osé parler.

Bravo!

J’attends le prochain.

AJOUT

Selon @Je4nne sur Twitter, le lecteur anonyme s’appellerait Benjamin Huppé. Merci monsieur, pour ce grand moment de liberté.

Nous? – La brèche

Par Marc Ouimet

Montréal —De la grève étudiante à l’événement Nous? se donne à lire un malaise profond de la société québécoise, comme une révolte du sens commun. Une brèche se dessine dans la toute-puissance du discours de la «nécessité», de la «bonne gestion» et du «développement».

Douze heures de paroles et d’idées pour dire le trop-plein et l’espoir à la fois, pour dénoncer les abus, appeler non pas seulement au changement, mais à une autre vision de ce pays, sinon du monde en général. Douze heures, c’est beaucoup mais peu à la fois pour dire la torpeur dans laquelle sommeille le Québec et dont on peut penser qu’elle cessera bientôt. Si.

La parole et la démocratie

Si le Nous qui a parlé hier de démocratie, de justice sociale et de solidarité, si ce Nous, donc, parvient à se mettre en marche. Les étudiants y sont déjà, à leur façon. Il coule dans les rues de Montréal une sève de contestation qui compense un peu pour nos érables à sec ce printemps. Et ailleurs au Québec aussi. Seulement, cet élan et ces appels qui s’abreuvent direct au chalumeau du Verbe engagé sauront-ils dépasser les emportements, pour percoler ce Québec encore et toujours non advenu?

Il est bien (et dommage que ce soit exceptionnel) que des gens de qualité défilent sur scène pour livrer textes, poèmes, harangues et dialogues (salut à Georges Leroux et Alexis Martin dans le rôle de Socrate dénonçant les tribuns médiatiques). Mais c’est encore sur une scène, un piédestal, une tribune d’autorité que s’est déployée cette parole, plaçant le reste des gens présents dans la position spectatrice, sans possibilité d’intervention. Comment renouveler fondamentalement notre démocratie si nous ne renouvelons pas aussi nos modes d’échanges et de discours? En ce sens, l’événement Nous? aura manqué une belle occasion de mettre en pratique des modes délibératifs innovants, ce en quoi l’Agora et sa station de réseaux sociaux auront été clairement insuffisants, notamment par l’absence d’un relai pour amener les interventions du public sur scène en direct. Il faut cesser de confondre les 5@7 mondains avec de véritables occasions de dialogue et d’échange…

La brèche dans la brèche

La prise de parole de Nous? aura véritablement été incarnée, en toute fin de soirée, quand un orateur impromptu sauta sur scène et livra un texte de son cru, écrit selon ses dires «dans les toilettes de l’événement». Résistant au maître de cérémonie, le jeune homme y alla d’une intervention aussi spontanée que sentie et qui lui valut une ovation debout de la salle. Un appel à la prise de parole, surtout quand on n’y est pas invité, qui aura donné son sens le plus profond à cet événement unique mais aussi un peu guindé et cadré.

Pour ceux qui pensent, comme beaucoup des gens qui sont montés sur scène hier, que notre situation commande une refondation de notre conception de la démocratie, il faudra réfléchir, au-delà des ajustements systémiques, aux termes d’une nouvelle culture démocratique. Sans conteste, celle-ci passera par une nouvelle éthique du dialogue et du rapport à autrui, par des espaces d’échanges égalitaires (sans statut ni estrade) où se construira une intelligence collective du vivre-ensemble.

L’esprit de bravade nécessaire pour contester non seulement l’ordre établi, mais aussi les conventions qui n’autorisent que certains à prendre la parole (où donc était le micro ouvert?), n’aura par personne été mieux incarné que par ce jeune homme dont il faut saluer le courage et l’authenticité.


Lire aussi, l’article général sur l’événement Nous?: Qui sommes Nous?

Source: Ensemble


Publié dans Résistance

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